Bienveillant mais… maltraitant ?
Hello, hello, c’est Aldo !
C’est lundi. Le manager entre dans la salle, sourire aux lèvres. Il félicite tout le monde, encourage son équipe, arrondit les angles dans chaque phrase. Tout semble positif. Sauf qu’en sortant, les collaborateurs se regardent : — « Il est trop sympa ! Mais… Du coup, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » La semaine suivante, les mêmes erreurs se répètent, la tension monte, l’incompréhension gagne du terrain et tout le monde finit par se décourager.
Bienveillant ? Oui. Bientraitant ? Non.
« Être bienveillant !»
Tout le monde parle de bienveillance, tout le monde la revendique. Mais parfois, sous couvert de douceur et de bonnes intentions, on évite les sujets qui fâchent, on ne dit pas les choses, on étouffe l’exigence. Et sans s’en rendre compte, on tombe dans la complaisance… voire la maltraitance relationnelle.
La bienveillance : une belle intention… insuffisante
La bienveillance, c’est avant tout une posture intérieure : vouloir le bien de l’autre, faire preuve d’attention, de compréhension. C’est un sourire, un mot gentil, une écoute patiente. En entreprise, elle est devenue un mot d’ordre — parfois même une injonction : « Sois bienveillant ! ». D’ailleurs qui pourrait s’y opposer ? N’est-ce pas normal d’être bienveillant ?
Mais à trop la confondre avec la gentillesse absolue, on en oublie sa limite : l’intention seule ne suffit pas.
La bienveillance fait du bien dans l’intention, mais sans exigence claire,
elle peut devenir un anesthésiant.
Quelques exemples :
Par « respect », un collègue évite de dire qu’un dossier est mal ficelé… et laisse son collaborateur s’exposer à une critique plus dure car inattendue plus tard.
Par peur de « blesser » les egos, tous les cas deviennent des exceptions et personne ne recadre jamais… ce qui finit par créer une équipe où tout le monde fait comme il veut.
Par « gentillesse », un dirigeant cherche à faire plaisir à tous… et perd peu à peu son autorité, sa clarté et son exigence.
Bientraitance : l’intention qui devient action
La bientraitance relationnelle, parce que c’est bien d’elle dont on parle, va plus loin. Elle est la traduction concrète de la bienveillance par les comportements, les paroles et les interactions du quotidien. Ce n’est plus seulement vouloir du bien : c’est traiter l’autre avec justesse, respect et exigence.
La bienveillance apaise. La bientraitance construit.
La bienveillance rassure. La bientraitance transforme.
Quand la bienveillance peut glisser vers la complaisance, la bientraitance pose, elle, des actes clairs : dire les choses, protéger la dignité de chacun, maintenir des exigences saines et adaptées.
Le défi des managers et des dirigeants
Une équipe bienveillante, c’est celle où l’on se dit “on est sympa entre nous”. On évite les frictions, on fait attention à ne blesser personne. L’intention est belle… mais à force de vouloir ménager, on finit parfois par lisser les échanges, par ne plus oser dire franchement ce qui bloque. Les tensions se cachent sous le tapis, et au lieu d’apaiser, cette bienveillance superficielle peut laisser s’installer frustrations et malentendus.
Une équipe bientraitante, elle, ne se contente pas de souhaiter le bien : elle s’accorde le droit de se dire les choses, même quand elles piquent un peu. Elle ose les conversations franches, mais toujours dans le respect. Elle sait que le vrai soutien n’est pas de fermer les yeux, mais d’aider l’autre à progresser — en reconnaissant ses réussites et en l’alertant aussi sur ce qui doit évoluer.
Un manager bienveillant veut que ses collaborateurs soient heureux.
Un manager bientraitant crée les conditions pour qu’ils puissent s’épanouir et performer
C’est la même différence entre la question « Qu’est-ce qui leur ferait plaisir » et celle qui se demande : « Qu’est-ce que je peux mettre en place pour que chacun trouve sa place et donne le meilleur de lui-même ? ».
Le premier manager multiplie les encouragements et les attentions, mais hésite à poser des limites. Le second, lui, traduit sa bienveillance en actes concrets : un feedback clair qui éclaire les progrès à faire, des règles explicites qui sécurisent le cadre, une exigence assumée qui pousse chacun à s’élever sans écraser.
Parce qu’il faut le dire : un excès de bienveillance mal comprise peut infantiliser. On couve, on protège, mais on prive l’autre de responsabilité et d’autonomie. La bientraitance, au contraire, responsabilise. Elle met chacun face à ses forces, ses zones de progrès, ses domaines de vigilance et lui donne les moyens de grandir.
Vers plus de courage relationnel
Dans un monde où l’IA évalue, automatise et optimise a minima plus vite que nous, ce qui nous reste de profondément humain, c’est notre intelligence relationnelle. Et elle exige du courage : le courage de poser des limites, de recadrer sans humilier, de reconnaître les talents tout en pointant les axes d’amélioration.
La bienveillance seule peut être molle, naïve, complaisante. La bientraitance relationnelle est lucide, courageuse, respectueuse.
La vraie humanité en entreprise ce n'est pas de vouloir faire plaisir à tout prix, c'est de construire et de proposer un environnement pour que chaque « manchot » progresse
Tu es bienveillant, j’en suis sûr.
Mais avec cette personne qui t’agace, qui n’agit pas comme tu l’aimerais en ce moment… es-tu resté dans la simple bienveillance, ou as-tu su pratiquer la bientraitance ?
À très vite,
Aldo le Manchot


